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Le dépassement extrême… sans verser dans l’excès!

Ma participation au Ironman Mont-Tremblant du 16 août dernier m’a fait réaliser plusieurs choses. Au risque de tomber dans les clichés, cette expérience m’a démontré qu’en sport de longue distance, il y a des choses que l’on contrôle et d’autres facteurs avec lesquels on doit composer en serrant les dents. La chaleur du 16 août dernier (près de 40 °C avec l’humidex) m’a forcé à reconsidérer mes objectifs.

J’avais complété la natation en 1 :10 :05, soit exactement ce que je m’étais fixé comme objectif, à 5 secondes près! À ce stade de la course, je suis dans le 20% le plus rapide des 2500 athlètes. Seulement, il faut savoir deux choses par rapport au triathlon : la plupart des triathloniens ont la nage comme faiblesse et, surtout, un triathlon ne se gagne jamais sur la natation. Celle-ci constitue somme toute une bien petite distance (3.8 km) par rapport aux 180 km de vélo à faire et à l’infâme marathon qui complète le tout!

Je suis donc en bonne position. Étonnamment, j’arrive à tirer mon épingle du jeu lors du circuit à vélo. Je me sens bien et détendu, la chaleur n’est pas encore étouffante à ce stade de la course. Il n’y avait qu’un petit problème : mon odomètre s’était légèrement décalibré. En effet, à chaque fois que je passais une pancarte indiquant la distance parcourue (10, 20, 30, etc.), mon odomètre indiquait que je n’avais fait que 9/10 de cette distance. Cela importe peu me direz-vous, il n’y a que la distance réelle qui compte… Seulement, j’ai réalisé au bout d’une heure que cela signifiait également que ma vitesse moyenne, indiquée par l’odomètre, était en fait plus lente que celle à laquelle j’allais réellement. J’étais un peu frustré d’aller seulement à 29-29.5 km/h alors que je souhaitais aller à 30. Dans les faits, j’allais plutôt à 31 km/h, et était donc au-dessus de mon objectif.

Le parcours de vélo, aux alentours du Mont-Tremblant, est assez difficile. Il y a quelques bonnes côtes et une séquence (montée Duplessis) qui semble nous faire grimper constamment par petits segments. Le plus important, c’est de vivre l’instant présent et de rester dans une zone positive mentalement. Évidemment, passer plus de six heures sur un vélo entraine son lot de courbatures et de douleurs aux jambes, sans parler d’être assis sur sa selle durant autant de temps que la durée des deux premiers volets du film Le Parrain (à ne pas essayer à la maison!)

Malgré tout, au bout de 6 :08 :35, j’étais parvenu à bout de ce long parcours de vélo. Il était alors près de 14h et la chaleur était étouffante. Après avoir enfilé mes souliers de course et être sorti de la zone de transition, je m’aperçus que je n’avais plus d’énergie dans les jambes! Dès que j’amorçais un jogging léger, mes mollets se raidissaient et j’étais sur le point d’avoir des crampes. J’ai alors réalisé qu’il me faudrait marcher une énorme partie (peut-être même l’ensemble) du marathon! Pour mettre les choses en perspective, c’est un peu comme si on vous disait, après avoir fait la natation et le vélo, que vous deviez vous rendre à pied à Saint-Jérôme!

J’ai dû puiser profondément en moi pour rester concentré sur l’objectif de passer le fil d’arrivée. En 2012, dans des conditions météorologiques beaucoup plus favorables, j’étais parvenu à faire le meilleur marathon de ma vie dans un Ironman : 4 h 40 minutes. Si j’avais refait la même chose, mon temps final aurait pu être près des 12 heures, ce qui aurait constitué la réalisation d’un rêve immense. Mais en ce jour du 16 août, la météo s’est chargée de garder cette pensée du côté…des rêves qui ne se réaliseraient pas! En fait, après avoir parcouru un tout petit 7 km, j’étais presque en larmes et la souffrance était insupportable. J’avais l’impression de cuire sous un soleil de plomb, et je peinais à tenir le rythme ridicule du 6km/h!

J’ai même emprunté un cellulaire à un secouriste afin d’appeler mon contact d’urgence. Au moment où la sonnerie s’est fait entendre, je ne savais même pas si j’allais annoncer à mon interlocuteur que j’abandonnais ou si je souhaitais simplement entendre la voix de ma copine (et de mon père à côté d’elle) comme un simple réconfort, mettant un baume sur mon cœur et sur ma désillusion quant à l’espoir de faire mon meilleur temps à vie.

En quelques mots, ma copine et mon père m’ont dit qu’ils étaient fiers de moi et qu’ils m’attendraient au fil d’arrivée, peu importe le temps nécessaire pour parvenir à celle-ci. Cela m’a ému et permis de me sentir un peu moins seul. Le plan de match devait alors être simplifié : il suffisait de mettre un pied devant l’autre, en marchant constamment, et je finirais éventuellement par rejoindre ceux qui m’aiment au fil d’arrivée!

Au bout de 14 heures, 19 minutes et 43 secondes, j’arrivais enfin au bout de cette course-supplice. Et quelques jours plus tard, mes jambes étaient à nouveau reposées, il ne restait plus rien des courbatures et des muscles ankylosés.

Pour paraphraser Yvon Deschamps : « Qu’ossa-donne de faire des courses extrêmes? » Je ne peux pas répondre pour l’ensemble des triathloniens, mais je peux dire dans mon cas que c’est réellement une question de plaisir, de sentiment de fierté et de recherche de dépassement. Cependant, je m’aperçois avec l’expérience (c’était mon 4e Ironman) que je valorise davantage l’équilibre et la sérénité que la performance.

La médaille reçue au fil d’arrivée est pour moi moins importante que la présence de ma copine et de ma famille qui m’attendaient à cet endroit. C’est réellement leur présence qui m’a permis de terminer cette course!

Le dépassement extrême-1 Le dépassement extrême-2

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